Pile, je gagne, face, tu perds
En espagnol, il y a deux façons de dire « pour » : por et para. Ça fait partie des notions qu'on apprend en débutant, en théorie. En pratique, je n'ai jamais compris la différence dans l'usage. Pour les examens, j'obtenais de meilleurs résultats en flippant un trente-sous qu'en essayant de comprendre les règles grammaticales.
J'ai appliqué le même principe en suivant la guerre en Iran. Le détroit d'Hormuz était-il ouvert? Trump avait-il gagné la guerre ou re-re-regagné la guerre? Pile ou face ?
Mme Gazzoni, prof d'espagnol de son état, espérait que ses élèves progressent, mais ma voiture elle se fout royalement des passages maritimes dans le golfe persique. 9l/100 km, peu importe le prix: bien plus simple que la grammaire des langues latines.
Oublions un instant les milliers de morts, les blessés encore plus nombreux, les traumatisés à vie -un multiple des précédents -, les infrastructures détruites et les zones qui resteront polluées jusqu'à la fin du siècle: la guerre est drôlement intéressante pour comprendre l'état du monde.
On assiste à l'un des premiers conflits à l'heure des communications instantanées où, au fond, on ne sait à peu près rien de ce qui se déroule réellement. Le journaliste de la chaîne française LFI, Gallagher Fenwick, le résumait bien: il faut normalement trois sources indépendantes pour vérifier une information. Impossible à obtenir dans le cadre du conflit en Iran.
À qui la faute? En grande partie au régime iranien qui, dans la catégorie des plus grands salopards de l'Histoire, se trouve en bonne position. Il faut dire qu'en matière de maltraitance de civils, la compétition est féroce, mais l'Iran de la République islamique se défend bien. Bref, tout cela pour dire qu'en Iran, les journalistes indépendants et un Internet non surveillé ne faisaient pas exactement partie des acquis. Alors, lorsque le pays s'est retrouvé confronté aux États-Unis et à Israël, il devenait difficile de trouver qui que ce soit pour une couverture des événements à la hauteur de leur importance.
Pour le reste, que Donald Trump mente allègrement fait partie de l'ordre naturel des choses. Inutile de s'y attarder. Mais revenons à l'Iran, qui fera peut-être un cas d'école en matière de gestion de l'opinion publique.
À l'heure où les médias disparaissent comme la neige au printemps (oui, je sais, cher lecteur, j'en parle un mois sur deux, mais que voulez-vous, l'état de ma paroisse m'inquiète) et où une foule d'acteurs veulent à la fois s'entendre et contrôler les messages, on découvre avec force les limites du marketing politique et de la propagande.
Lorsque tout s'effondre pour une organisation, qu'elle soit politique comme la République islamique d'Iran ou économique comme une foule de méga multinationales peu amies de la presse, le seul espoir repose sur la possibilité d'informer les publics de façon indépendante. Remarquez que ce n'est pas la couverture médiatique qui a sauvé les enfants palestiniens de la faim et des bombes, mais dans le cas de l'Iran, jamais le régime n'a réussi à se positionner comme victime d'une agression sans journalistes en nombre suffisant sur place pour présenter l'étendue des dégâts.
Peut-être que demain, ce sera une méga entreprise transnationale, victime de je-ne-sais-quoi, qui souhaitera se faire entendre. Restera-t-il des médias indépendants pour transmettre le message?