Le 28 février 2026
Volume 44, Numéro 3
Bad Landry
Opinion

Bad Landry

Comme tout le monde, je crois, la première personne à qui j'ai pensé en regardant la prestation de Bad Bunny au Super Bowl, c'est à Bernard Landry.

D'une part, parce que je disais que Bernard Landry aurait été bien essoufflé à suivre Bad Bunny dans les champs de canne à sucre - des petites jambes ça court moins vite - mais surtout parce que l'ancien premier ministre plaçait volontiers le peuple québécois dans la même famille que les peuples hispanophones de l'Amérique. 

Somos los latinos del Norte – Nous sommes les latinos du Nord, disait Landry bien fièrement.

Moi j'y croyais. Je m'attendais même à voir Gilles Vigneault monter sur scène après Lady Gaga, mais finalement je pense que Bernard Landry se trompait. Qu'on le veuille ou non, les Québécois sont aussi proches des Anglo-Saxons britanniques qu'ils ne le sont des Français latins.

Et voir l'enthousiasme panaméricain incroyable pour la présence de la langue espagnole dans le cadre de l'événement sportif le plus médiatisé sur terre, fait réaliser à quel point le manque de passion pour le français est flagrant. On n'avance visiblement pas à la même vitesse. C'est un peu comme regarder un avion voler et traverser le paysage alors qu'on prend une marche de santé. Une question de géographie et de démographie, peut-être. Les hispanophones sont trois fois plus nombreux et concentrés sur un même contient alors que les francophones vivent entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique du Nord.

De toute façon, côté canadien, une effervescence culturelle francophone serait probablement accueillie avec une brique et un fanal. Le chroniqueur Farnell Morrisset a tâté le terrain en écrivant (en anglais) sur ses réseaux sociaux que les Canadiens qui ont apprécié le spectacle de la mi-temps devraient être prêts à assister à un spectacle only in French dans un événement à grand déploiement pancanadien. Épargnons-nous l'averse de réponses négatives quasi instantanées.

L'idée de Landry n'est peut-être pas tout à fait périmée non plus… Si les Américains ont viré sur le top, peut-être vaudrait-il mieux se rapprocher du reste de l'Amérique? Au provincial, je rêve au jour où des ententes d'équivalence professionnelle seront établies avec des pays latino-américains, de façon similaire à celles que nous avons avec la France. Ce n'est sûrement pas en essayant d'utiliser les ressortissants comme cheap labour que se construiront des rapports durables avec les voisins américains (comme dans le continent du même nom).

Il y a sûrement des raisons à tout cela, comme le disait -encore une fois- le regretté Bernard Landry, audi alteram partem.