Le 3 septembre 2026
Volume 44, Numéro 7
Un prof. que j'ai aimé
Saviez-vous Que...

Un prof. que j'ai aimé

Faisant écho à un concours printanier de l'émission « Salut, bonjour! » de TVA, animée par Marie-Ève Lortie, je me permets pour la rentrée scolaire de vous présenter un prof que j'ai aimé et admiré.

À un être authentique Jean-Paul Simard

Jusqu'à mes douze ans, ma vie scolaire fut joyeuse et douce sous l'égide d'une enseignante à chacune des sept années du primaire. S'en suivit en 1960 une rupture brutale, mais volontaire, vers le cours classique, comme pensionnaire dans un juvénat, loin de ma famille pour des mois. Nous étions quatre-vingts garçons, tous du même âge, tous des inconnus, provenant de partout au Saguenay, Lac-Saint-Jean et Gaspésie. Autre adapta-tion, le personnel enseignant était exclusivement masculin, bien que d'une grande générosi-té et intelligence. Qui plus est, le contexte institutionnel très strict, presque spartiate, pesait lourd sur mes frêles épaules.

Alors que, néophyte, je tentais de me dépatouiller dans les cours de latin et de grec, un jeune prof. de français très énergique, au rire explosif et doté d'un sens de l'humour stimulant, fut pour moi un phare et une ode à la joie. Passionné de poésie, de science et de musique, pianiste et organiste brillant, il transcendait son métier et surtout était heureux avec nous. Victor Hugo, Marcel Proust, Glenn Gould, Einstein étaient soudain, par lui, venus nous accompagner, nous élever, nous charmer par leur génie. Ainsi fus-je atteint de la piqûre scientifique qui m'amena avec Jules Verne dans le fond des mers, au centre de la Terre, et après avoir fait le tour de celle-ci en quatre-vingts jours, je le suivis jusque sur la Lune.

Jean-Paul était certainement en avance sur son temps, mais il fut surtout immense dans mon temps. Il l'est toujours à 88 ans. À l'époque, Jean-Paul était aussi un sportif intense, surtout au hockey. Une fusée devant mes premiers coups de patin d'adolescent. Son aisance et son plaisir à s'amuser m'ont donné une impulsion telle que j'ai joué 53 saisons consécutives au hockey. Il fut aussi le premier à nous parler de la litote, à lire les «Djinns » de Victor Hugo avec le crescendo-diminuendo, à nous expliquer le plus sérieusement du monde que l'expression «pareil comme» est à éviter en français puisque  «pareil» c'est «pareil comme comme». Son humour m'a permis de lire tous les Tintins et les Lucky Luke de la bibliothèque, et surtout de donner une couleur à mon amitié et plus tard à mon enseignement. Jean-Paul nous captivait, nous motivait, mais surtout nous aimait.

Écrivain et conférencier, auteur de plusieurs volumes sur la spiritualité et l'art de vivre heureux, il nous aura transmis, par sa psychologie des profondeurs et sa foi rayonnante, un humanisme chrétien qui respire la joie. À 88 ans, il vient de publier son dernier livre, « Pratiquer l'art du vide mental, pensez moins, vivez mieux ».

Merci Jean-Paul pour cet élan incomparable, cette impulsion profonde et durable sur ma carrière, mais aussi sur ma vie.    Denys Claveau