Le 19 juin 2026
Volume 44, Numéro 6
Saviez-vous Que...

Parle, parle, jase, jase

Non, il ne s'agit pas ici de l'ancien talk-show de Télé-Métropole animé par Réal Giguère dans les années 1970. L'anecdote qui suit découle davantage de ma propension naturelle à entrer en contact avec des inconnus.

Le 10 avril dernier, je me faisais opérer pour une hernie inguinale. En effet, j'avais des mailles de détricotées dans l'aine. Rien de très sérieux, c'est une opération d'un jour. Après être ressurgi des vapes, le docteur Dubé m'a fait ses recommandations, dont l'une consistait à ne pas forcer pendant deux mois, 10 à 15 livres maximum.

Comme je me sentais bien le surlendemain, j'ai utilisé une force excessive et s'en est suivi un œdème costaud. Mon infirmière de la pharmacie, voyant le saignement sous-cutané, m'a ordonné d'aller à l'urgence.

L'infirmière : « vous avez toujours bien forcé? »

Denys: «le doc m'a dit deux mois sans effort, mais j'ai dû comprendre deux jours.»

Ne la trouvant pas drôle, elle nous guida, Rolande et moi, vers l'hôpital le moins achalandé, celui d'Alma. Comme j'ai déjà demeuré à Alma, j'y suis allé sans rechigner. C'est vrai que ce fut plus rapide. Quand vint le temps de la rencontre avec le médecin, celui-ci entra en coup de vent, se présentant comme le docteur Fortin, urgentiste de Chicoutimi, et nous apostropha: «voulez-vous bien me dire ce que vous faites ici? Pour les gens de Shipshaw, c'est l'hôpital de Jonquière ou Chicoutimi. On est déjà bourré d'ouvrage et ce faisant, vous nous en rajoutez sur les épaules.» Comme j'avais déjà la bouche ouverte d'étonnement, je laissai sortir ces quelques mots: «on a connu un médecin qui porte votre nom. Il pratiquait à Jonquière, Jean-Paul Fortin. L'urgentiste nous regarde un peu sonné et dit: « C'était mon père !» Rolande rajoute que c'est grâce à son père qu'elle a eu nos deux belles filles. Le ton a soudain radicalement changé. «C'est plaisant de recevoir votre beau témoignage ».

Selon lui, mon épanchement sanguin ne devrait pas résulter d'une rupture de l'opération. Il me programma quand même un taco pour en être sûr. Une demi-heure plus tard, me voilà dans le vestibule. Je dois passer une jaquette avant le scanneur. Dans la même pièce, un inconnu attend sur une chaise, tout habillé.

Denys: vous attendez pour passer le tacot?

Inconnu:             Non, je viens d'y aller, mais il faut rester cinq minutes à cause de l'iode radioactif.

Denys:                 Êtes-vous d'Alma?

Inconnu:              Non, je reste à Saint-Henri-de-Taillon.

Denys :                Mes deux grands-pères avaient leur terre dans le rang des Chicots, juste avant la Pipe (Saint-Henri).

Inconnu:             Je ne suis pas né à Saint-Henri.

Denys:                 Ton nom de famille?

Inconnu:             Lavoie.

Denys:                 Ma femme est une Lavoie également.

Inconnu:              Oui, mais notre famille n'est pas de la région, mon père vient de Rivière-du-Loup.

Denys :                Le père de ma femme aussi.

Inconnu:              En fait, on ne vient pas directement de Rivière-du-Loup, mais de Saint-Antonin.

Denys:                 Mon beau-père aussi! Pour moi, tu vas rencontrer ta cousine en sortant d'ici. Elle est dans le corridor. Je n'ai pas assisté à cette rencontre puisque je me faisais radiographier, mais effectivement, il s'agissait d'un cousin proche que Rolande n'avait pas vu depuis des décennies.

Morale de cette histoire: s'intéresser aux gens, même inconnus, peut parfois favoriser de belles rencontres. Une petite question sur les chemins inconnus du hasard apportent souvent des réponses qui rapprochent.

Un bel été, que prudence et joie marchent avec vous sur la route des vacances. On se revoit en septembre.