Le 6 avril 2026
Volume 44, Numéro 4

Bien que la sachant très malade, voire même dans les affres de l'agonie, la nouvelle de son décès m'a profondément bouleversée. Normande, que j'avais côtoyée spécialement à l'adolescence, était une cousine « frèrot », c'est-à-dire une cousine de par sa mère et son père, deux frères mariés aux deux sœurs. Nous avions les mêmes grands-parents maternels et paternels, les mêmes oncles et tantes, les mêmes cousins et cousines. Donc des liens génétiques puissants, presque fraternels. Son audace, son courage devant l'adversité, son engagement de femme, de mère, d'entrepreneure auront été inspirants à plus d'un titre. Son sourire de lumière a toujours su trouver nos âmes et elle a signé dans la dignité son nom au bas de l'œuvre de sa vie. Malgré mon immense peine, (et j'ai la larme facile), j'ai eu aussi l'extraordinaire joie de rencontrer des membres de ma grande famille que parfois je n'avais pas revus depuis des décennies.

Le contact fut naturel, spontané, riche de tant de souvenirs d'enfance que nous avons partagés dans une joie presque exubérante. Comme il me fut facile et bienfaisant avec ces gens d'une autre époque, presque d'une autre vie, de partager les anecdotes qui ont parfumé nos jeunes années.

Et malgré la retenue qu'imposait les circonstances, j'ai été à même de constater comment était précieuse cette connexion avec la famille élargie. Ce fut certes un baume au cœur dans le contexte d'un arrachement cruel et définitif. Restera à jamais la mémoire d'un être libre qui a su aimer jusqu'à la dernière goutte.

Dans un contexte bien différent et plus festif à la base, mais où j'ai pu rencontrer les mêmes valeurs qui rassemblent et réchauffent, permettez que je vous propose une réflexion que j'ai publiée il y a quelques mois dans la revue « le lien » de l'Areq régionale.

Déjeuner des sages

Le 15 octobre dernier, le Delta nous a pris sous son aile pour la rencontre annuelle des sages de l'Areq de Jonquière. Ici, le mot « sage » est, dans mon cas, un tantinet hyperbolique. Cependant, j'en étais, parce que ma mère m'a mis au monde en 1947 et donc j'entrais dans le groupe merveilleux des 75 ans et plus qui ont eu le bonheur d'enseigner. Habituellement, l'expression  « être rattrapé par son passé » a une connotation négative, mais ce matin-là, tous avaient le sourire. Quel bonheur de revoir des personnes de son âge avec qui on a eu la joie d'être jeune, la satisfaction de travailler ensemble à instruire, former, animer, consoler les cohortes étudiantes du futur. Notre cause était noble et l'est toujours.

Elle a laissé sur nos visages burinés par le temps cette belle sérénité porteuse, en effet, d'une certaine sagesse. Nos cheveux blancs, nos mains chaleureuses, le fait que nos prénoms aient un petit côté périmé, mais si agréable à entendre, la flopée de souvenirs qui ravivent nos conversations, toute cette ambiance à la joie a agrémenté un déjeuner au demeurant délicieux, servi avec grâce et gentillesse par un personnel attentionné.

Le thème de cette agape, soigneusement choisi, portait le message «Bien vivre avec son âge c'est… ». Selon moi c'est : autant de récits singuliers, autant d'audaces prudentes, autant de camaraderies assumées. Je vous laisse avec cette très significative pensée : «Il appartient à chacun de nous de tailler au burin son présent dans le bloc informe du futur.» Hermann Dias, prix Pulitzer de la fiction, 2023.

Voici trois organisations dont je suis membre:

L'AREC,                Association des retraités de l'enseignement du Québec,

L'AMECQ,           Association des médias écrits communautaires du Québec,

L'AVEC,                Avec Rolande.