Le 28 février 2026
Volume 44, Numéro 3
C'est comme ça que ça se passait dans le bon vieux temps et parfois encore aujourd'hui.

C'est comme ça que ça se passait dans le bon vieux temps et parfois encore aujourd'hui.

Sur la glace

Dans un pays nordique, il est sans doute plus facile de mettre nos souvenirs sur la glace et de les conserver longtemps.

Dans les années 1950, alors que ma famille vivait au village de Saint-Cœur-de-Marie, je me rappelle mon amour infatigable pour les jeux d'hiver. Que ce soit les glissades en traîneau dans la cour du couvent des journées entières (fin de semaine) ou encore la construction de forts de neige avec combat de mottes ou encore le hockey bottines dans la rue. Nous étions très pauvres, mais chanceux puisque notre maison était la dernière de la rue Saint-Ludger avec celle de mon oncle Paul Noël.

L'avantage d'être démunis nous rendait très créatifs. Ainsi, combien de fois avons-nous improvisé une partie de hockey à deux ou parfois à quatre, sans patins, sans patinoire, sans buts, sans rondelle et parfois sans hockey. Juste se servir d'un morceau de glace que nous poussions avec nos bottes sur la neige durcie dans les buts formés de gros morceaux de glace avec la lune comme éclairage.

J'avais 11 ans quand j'ai eu mes premiers patins. Ce fut une découverte extraordinaire sur la grande patinoire de Mistouk. Du temps de mon primaire, vers 1955, sortirent en épicerie les fameuses cartes de hockey rectangulaires qui se vendaient à 5 cents avec une gomme balloune plate du même format. En un temps record, mon cousin Laval Noël et moi avions mâché et échangé pour compléter notre collection des joueurs des six équipes de la LNH de l'époque :  Canadiens, Maple-Leafs, Bruins, Red Wings, Rangers et Blackhauks. Un maximum de 5 dollars investis à coup de 5 sous qui vaudraient une petite fortune aujourd'hui. L'arrivée de la télé dans les maisons nous permettait également de suivre le CH avec les frères Maurice et Henri Richard, le fameux Jacques Plante, Boom-Boom Geoffrion, Doug Harvey, Jean Béliveau, Claude Provost, Dickie Moore, Jean-Guy Talbot etc, dirigé alors par Hector « Toe » Blake.

Comme le CH était quasi imbattable, nous nous passionnions pour ce sport magnifique. À partir de l'automne de mes 12 ans, j'ai joué au hockey 53 ans d'affilée jusqu'à 65 ans, dans des équipes organisées. L'impulsion, bien que très primitive, ne nous a jamais empêchés d'avoir un vif plaisir à jouer avec l'hiver. C'est un ancrage puissant qui a toujours fait de la saison froide ma préférée. J'aime quand c'est difficile.

À ma grande surprise, dans la rue Orée-des-Bois, où réside ma fille Lisa, tout l'hiver durant, des tout-petits jouent au hockey dans la rue, en bottes ou patins, avec de vrais buts et de vrais hockeys. Comme c'est un quartier blanc et que la circulation y est lente et respectueuse, je me fais une joie, comme bien d'autres, à leur donner priorité. Cette pratique de proximité qui demande peu d'investissement et d'entretien est encore très populaire de nos jours. Certaines familles, comme celle de Jonathan Boivin de la route Brassard à Shipshaw, font une vraie patinoire à leurs enfants, dans la cour de leur maison. Ils ont donc accès sans danger et en tout temps à leur patinoire privée et elle devient vite un lieu de rencontre avec les amis voisins. C'est une tradition artisanale bien québécoise que celle-là.

Les patinoires extérieures les plus naturelles furent et sont encore les rivières. Chaque région a la sienne, le canal Rideau à Ottawa est la plus longue au monde. Je me souviens d'une anecdote peu banale à ce propos. Nous sommes en 1965 et j'étudie à Pointe-du-Lac. Un dimanche froid et venteux, mon ami Robert Brassard et moi décidons d'aller patiner sur le fleuve Saint-Laurent tout près de notre école. Notre objectif, nous rendre jusqu'à Yamachiche à 15 kilomètres plus loin. C'était un peu raboteux et face au vent d'ouest, mais nous allions bon train. Après 10 kilomètres, nous avons fait demi-tour, car nos pieds commençaient à se refroidir de façon soutenue. Sur le chemin du retour, notre vitesse fut doublée grâce au vent en poupe. À un moment donné, mon ami, qui me devançait de quelques mètres, faillit tomber dans un trou d'eau de deux mètres de large. Un freinage de dernière seconde lui évita la catastrophe. Une fois retournés au collège les pieds gelés, un résident du secteur nous informa que les montées de gaz naturel sur les côtés du fleuve, maintenaient à l'eau claire, des trous chauds en surface. Une bonne peur, une leçon de vie aussi pour deux ados en mal d'aventure.