Le 9 janvier 2026
Volume 44, Numéro 1
Chronique

Que reste-t'il du traditionnel Jour de l'An ?

Le Québec est riche en traditions concernant la fête de Noël; les décorations y compris le sapin, la crèche maintenant souvent remplacée par un village, le père Noël qui descend par la cheminée et distribue des cadeaux aux enfants sages, les lutins farceurs qui font des bêtises, les tables garnies de dinde, de ragoût de boulettes, de pâtés à la viande , de tourtières du Saguenay, la fameuse bûche de Noël , le sucre à la crème et enfin le réveillon où les gens se rassemblent pour fêter. Ces traditions ont été adoptées pendant beaucoup d'années mais au fil des ans, les familles les ont modifiées selon leurs croyances. En est-il de même pour celles du jour de l'an?

Avant, quand les nombreuses veillées entourant la célébration de la Noël étaient terminées, déjà on mettait en branle les préparatifs pour fêter le jour de l'an; c'était une fête continuelle. La veille du jour de l'an, des paroissiens et bénévoles respectaient la coutume de courir la guignolée pour recueillir des dons et de la nourriture pour les moins nantis. Sur le seuil des maisons, ils entonnaient ce gai refrain :                       

Bonjour le maître et la maîtresse et tous les gens de la maison nous avons fait une promesse de v'nir vous voir une fois l'an! 

et récoltaient ainsi des vivres qu'ils distribuaient selon les besoins des gens. La guignolée existe encore, mais se fait maintenant le long des rues dans la semaine précédant Noël.

Auparavant, le réveillon avait souvent lieu la veille du jour de l'an. La parenté s'empiffrait de bonnes victuailles qu'on leur offrait avant de se trémousser sur des gigues et rigodons, tapant du pied ou cuillères de bois parfois même jusqu'aux petites heures du matin. Depuis plusieurs  années, bien des familles et des amis se rassemblent pour écouter le traditionnel Bye Bye, Infoman, En direct du jour de l'An, émissions divertissantes et humoristiques tout en savourant  de délicieuses gâteries.     

Le matin du jour de l'an, la première chose à faire était d'aller à la maison des parents demander la bénédiction paternelle. C'était une pratique quasi obligatoire dans les familles chrétiennes : ce geste était perçu comme une promesse efficace de bonheur. Cette tradition est presque complètement disparue; elle est devenue une histoire que racontent les vieux avec une certaine nostalgie. De nombreuses familles l'ont abandonnée prétendant que cette tradition ne répond plus à la réalité des relations familiales d'aujourd'hui. Les enfants, eux, attendaient toujours avec impatience l'arrivée de la nouvelle année pour le déballage des cadeaux, car certaines familles ne les offraient non pas à Noël mais seulement le matin du premier janvier.

Après la bénédiction paternelle, on partait soit en traîneau ou en voiture réveiller la parenté. On festoyait, on chantait, on échangeait les vœux de bonheur, de santé et de prospérité , vœux qui se répercutaient comme un écho dans les vieilles maisons. C'étaient des rencontres joyeuses. Puis arrivait le 6 janvier; pour les catholiques, cette journée commémorait la visite des rois mages parvenus à Bethléem rencontrer l'enfant-Jésus. Durant cette fête appelée l'Épiphanie, c'était la dégustation d'une galette spéciale qui contenait soit un pois ou une fève afin d'élire un roi ou une reine et même les deux. Ces élus représentaient les rois mages de la chrétienté. À cette date, les festivités se terminaient. Aujourd'hui, peu de gens se rappellent cette tradition; c'est souvent la journée choisie pour ranger les décorations, remettre tout en place et reprendre sa routine.

La tradition universelle du jour de l'An consistant à marquer le passage d'une année à l'autre remonte à plusieurs centaines d'années. D'ailleurs, toutes les traditions se sont transmises pour partager des valeurs culturelles et développer une mémoire collective. Elles procurent un sentiment de connexion unissant les individus à travers les générations et les cultures et favorisant un sentiment d'appartenance partagé. Elles créent un lien qui nous unit à nos racines et les uns aux autres. Que l'on soit pour ou contre les traditions, elles existeront toujours même si elles changent. À nous de les transmettre!