«J'aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j'aurais beau me faire brûler vif, s'il me manque l'amour cela ne sert à rien. Extrait de la première lettre de St-Paul aux Corinthiens, chapitre 13.»
En février nous soulignons la Saint-Valentin, c'est la fête des amoureux; à cette occasion nous offrons des cartes de vœux, des chocolats ou des bouquets de fleurs pour témoigner notre amour à la personne que nous aimons.
En cette fête de la Saint-Valentin, nous vous présentons une personne qui a choisi de vivre l'amour différemment en décidant de consacrer sa vie au service des autres: il s'agit de Monsieur Yves Gagnon, curé de la paroisse de Shipshaw.
C'est en 1959 que Monsieur Yves Gagnon a pris la décision d'entrer en vocation. La préoccupa-tion de servir les autres était pour lui une valeur importante, une valeur qui a guidé son choix de poursuivre ses études en théologie et être ordonné prêtre en 1965.
Le souhait de Monsieur Gagnon était de pouvoir s'impliquer dans une paroisse et être près des gens. Même s'il a vécu plusieurs expériences professionnelles telles responsable de la pastorale, responsable de la catéchèse auprès des jeunes et des adultes, responsable des communications, c'est toujours ce désir de travailler en proximité avec les paroissiens qu'il préférait. Depuis le début des années 1980, il a œuvré dans plusieurs paroisses à titre du curé; il est maintenant responsable de quatre paroisses: St-Charles Borromée, Bégin, St-Ambroise et Shipshaw.
Depuis les années 1965 à aujourd'hui, Monsieur Gagnon a été le témoin de plusieurs transformations de l'Église. Dans les années 1960, il y avait suffisamment de prêtres et de paroissiens pour permettre à toutes les églises de demeurer vivantes. Selon un article publié en 2011 par le journal le Quotidien, le nombre de prêtre a chuté considérablement depuis environ 40 ans et plus de 78% des prêtres ont plus de 60 ans. Lorsqu'on demande à Monsieur Gagnon des raisons qui expliquent le faible taux d'ordination, il répond avec réalisme que s'engager de façon permanente c'est un grand défi et il est conscient que l'image de l'Église a été entachée suite à plusieurs scandales. Malheureusement, il ajoute que l'Église ne doit pas s'attendre à recevoir de la gratitude comme dans le passé à cause de sa mauvaise réputation.
Quant à la pratique religieuse, Monsieur Gagnon constate que les paroissiens ont de moins en moins de temps pour assister aux offices religieux à cause du style de vie mouvementé des familles. Toutefois, il fait une distinction entre la foi et la pratique religieuse. Il constate avec satisfaction que plusieurs personnes pratiquent leur foi et leur espérance chrétienne dans la vie de tous les jours même s'ils n'assistent pas de façon régulière aux offices religieux. Cette foi, elle est véhiculée par le bénévolat auprès des personnes malades, dans l'aide aux personnes pauvres. Ce sont les valeurs que les personnes ont reçues qui leur permettent de donner de l'amour aux autres.
La plus grande tristesse de Monsieur Gagnon est d'être le témoin de la fermeture de plusieurs belles églises en raison de problèmes financiers. Ce sont des décisions difficiles à prendre et qui ont des conséquences sur la proximité du prêtre avec ses paroissiens. Ces fermetures ont engendré des regroupements de paroisses et Monsieur Gagnon doit maintenant couvrir un plus grand territoire pour rencontrer ses paroissiens. Il doit donc se déplacer d'une église à une autre et il lui est plus difficile de mieux connaître ses paroissiens, d'entrer en relation avec eux.
Dans les passé le prêtre avait l'unique responsabilité de sa paroisse et prenait à lui seul toutes les décisions. Maintenant, suite aux changements dans le fonctionnement de l'Église, le prêtre doit travailler en équipe et déléguer des responsabilités. Il doit remplir ses fonctions entouré d'une équipe d'agents de la pastorale, de marguilliers et de bénévoles.
Au fil des années et malgré tous les bouleversements que l'Église a connus, Monsieur Gagnon n'a jamais remis en question son choix, ce choix de servir et d'aimer les autres. Sa plus grande satisfaction il la trouve auprès des gens qu'il écoute et réconforte peu importe leur statut. Il lui arrive encore de jouer un rôle de confident, d'aidant auprès des personnes en détresse. C'est dans la nature qu'il se ressource pour continuer son action auprès des gens.
Si nos souvenirs d'enfance nous rappellent le prêtre qui se promenait en lisant paisiblement son bréviaire, c'est maintenant à l'aide d'une tablette électronique que Monsieur Gagnon lit chaque jour son bréviaire; c'est donc la preuve que la technologie est maintenant au service des communautés.
Au fil des années, Monsieur Gagnon a accompagné plusieurs personnes dans leurs derniers moments; il témoigne avec beaucoup de sagesse que dans la foi il y a toujours une part d'inconnu, que croire c'est accepter de ne pas tout savoir et de ne pas tout voir. Il ajoute que même si l'on croit, on ne peut pas en convaincre une autre personne.
Quand on lui pose la question sur sa vision de l'avenir de l'Église, il conçoit qu'il y a encore des changements à venir, mais que sa survie sera assurée par le bénévolat et l'implication de petites communautés rassemblées autour d'une plus grande communauté.
En 2015 Monsieur Gagnon célébrera 50 ans au service de la communauté. Malgré les grands bouleversements qu'il a vécus au fil des ans, sa plus grande satisfaction est encore d'être utile et aimé par les gens qu'il rencontre et cela veut dire être près des gens.
'«J'aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n'ai pas la charité, s'il me manque l'amour, je ne suis qu'un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante. Extrait de la première lettre de St-Paul aux Corinthiens, chapitre 13».